Combaillaux : développement urbain et (non)prise en compte des contraintes géologiques

Le 12 Septembre 2026

 Rencontre et visite de terrain avec le Pr Brunel, géologue universitaire retraité, le 9 septembre 2026.

Le village de Combaillaux s’inscrit dans un contexte géologique complexe, à l’Est d’un nœud de failles prolongeant la « faille des Matelles » — qui aurait tout aussi bien  pu être  appelée  « faille de Combaillaux ».

Liée à l’extension oligo-miocène responsable de l’ouverture du golfe du Lion, cette structure met en contact deux ensembles géologiques distincts :

  • à l’Ouest, le karst jurassique du grand causse de Viols-le-Fort ;
  • à l’Est, un petit bassin oligocène, discordant sur les calcaires lacustres de l’Éocène.

La Mosson serpente dans cette plaine oligocène avant de franchir, en cluse, les calcaires blancs du Lutétien (voir carte géologique ci-dessous ).

C a r t e g é o l o g i q u e ( BRGM , fond IG N )

Une urbanisation historiquement adaptée au relief

Historiquement, le vieux village et les extensions autour du hameau des Sajolles se sont implantés sur de petites collines constituées de calcaires lutétiens, offrant des terrains relativement favorables à la construction.

Cette implantation répondait également à une logique héritée du bon sens paysan : les hauteurs rocheuses, souvent peu propices à l’agriculture, étaient privilégiées pour l’habitat, tandis que les terrains plus fertiles étaient préservés.

Une urbanisation récente qui s’est étendue vers le bassin oligocène

Le développement récent de Combaillaux, dont la population dépasse désormais 2 000 habitants, a progressivement conduit l’urbanisation au-delà de ce périmètre originel.

Vers le Sud, les constructions se sont notamment étendues dans le bassin d’argiles rouges oligocènes, jusqu’aux abords de la Mosson. Ces secteurs présentent des pentes relativement importantes et peuvent être sensibles aux phénomènes d’instabilité, en fonction de la nature des terrains, de leur géométrie et de la circulation de l’eau.

Pour aménager des parcelles constructibles sur ce versant, d’importants terrassements ont été réalisés afin de créer des plates-formes horizontales.

Ces aménagements ont notamment conduit à :

  • la mise en place de remblais et de déblais parfois insuffisamment stabilisés en bordure de l’escarpement dominant la Mosson, haut d’environ 30 mètres ;
  • la réalisation de soutènements en enrochements cyclopéens, dont la stabilité doit être appréciée en fonction de leur ancrage, de la nature des terrains sous-jacents et de la présence éventuelle de niveaux argileux sur la dalle inclinée des calcaires lutétiens.

Le rôle déterminant des eaux pluviales

La gestion des eaux constitue un facteur particulièrement important dans ce contexte.

Les terrains argileux peuvent présenter une faible perméabilité et favoriser, selon les secteurs, la concentration ou le ruissellement des eaux. Certains lotissements canalisent leurs eaux pluviales vers le bas du talus de la Mosson, tandis que d’autres peuvent favoriser des infiltrations au niveau des remblais ou des ouvrages en enrochements.

Ces écoulements sont susceptibles d’accentuer l’érosion et, dans certaines configurations, de contribuer à la déstabilisation des pentes ou des ouvrages de soutènement.

Ces observations soulèvent donc la question de la prise en compte du contexte géologique et géotechnique lors de la conception et de la réalisation des aménagements.

Des désordres visibles sur le terrain

Les observations réalisées sur le terrain montrent plusieurs situations qui méritent une attention particulière.

F i s s u r e s p r of o n d e s s u r r e m b l a i s e n r o c h é s
  • Certaines propriétés situées en bordure de la rive présentent des terrasses affectées par des mouvements gravitaires en direction de la Mosson (photo 1)
  • Dans certains secteurs, des habitations situées au-dessus ou en contrebas de murs en enrochements ayant connu des déplacements importants — jusqu’à environ 60 cm selon les observations rapportées — ont subi des désordres significatifs, notamment des problèmes affectant des piscines et, dans certains cas, des logements déclarés inhabitables.
  • Les écoulements d’eaux pluviales semblent également participer à une érosion progressive de certains secteurs du versant ( photo 2: escarpement de la Mosson aux Santolines, vue vers le Sud avec érosion régressive multiforme, (ravine, crevasses) aggravée par l’exutoire pluvial )
    et peuvent contribuer à solliciter les ouvrages de soutènement ( photo 3: lotissement Les Santolines vu de la Mosson ).

Ces éléments ne permettent toutefois pas, à eux seuls, de déterminer précisément les mécanismes à l’origine des mouvements observés. Ceux-ci nécessitent une analyse géologique et géotechnique détaillée.

Quelles mesures envisager ?

Afin de mieux comprendre la situation et de limiter une éventuelle aggravation des désordres, plusieurs actions pourraient être envisagées :

  1. Stabiliser et végétaliser les secteurs sensibles de l’escarpement de la Mosson, notamment par un reboisement adapté et le maintien ou la restauration d’une couverture végétale limitant l’érosion superficielle. La végétation ne doit toutefois pas être considérée comme une solution suffisante en cas de mouvement profond.
  2. Auditer le réseau d’eaux pluviales, notamment à l’aide d’un modèle numérique de terrain (MNT), afin de mieux comprendre les cheminements des eaux et d’optimiser leur évacuation.
  3. Mettre sous surveillance les ouvrages en enrochements cyclopéens, en particulier ceux situés sur les secteurs présentant des signes de déplacement ou de déformation.
  4. Éviter les rejets concentrés d’eaux pluviales sur les versants, sauf lorsqu’ils sont associés à des dispositifs adaptés de dissipation, de drainage et de contrôle.

Une démarche progressive fondée sur l’expertise

La priorité devrait être donnée à une démarche graduée :

vérification des observations → diagnostic géologique et géotechnique → identification des mécanismes possibles → évaluation du niveau de risque → mise en place de mesures de surveillance ou de confortement adaptées.

Une telle démarche permettrait de distinguer les phénomènes superficiels des éventuels mouvements plus profonds et de proportionner les travaux au niveau de risque réellement établi.

Un cas d’étude intéressant pour Combaillaux

Combaillaux constitue ainsi un cas d’étude particulièrement intéressant pour analyser les interactions entre urbanisation, relief, nature des terrains et gestion des eaux.

La présence de formations calcaires, de niveaux argileux, de remblais, de pentes et la proximité de la Mosson peuvent contribuer à des comportements géotechniques très contrastés selon les secteurs.

Toutefois, l’identification précise des risques et des mécanismes de déformation doit reposer sur des données vérifiables et sur une expertise géologique et géotechnique spécialisée, plutôt que sur la seule observation visuelle ou sur une interprétation générale du contexte géologique.

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