le 20 Mai 2005, il y a tout juste 20 ans, était inauguré la lombristation de Combaillaux.
Le journal Libération était là et cet article décrit l’évènement: https://www.liberation.fr/terre/2005/05/23/les-eaux-usees-se-mettent-au-ver_520744/
Les eaux usées se mettent au ver par Rafaële Brillaud de LIBERATION
publié le 23 mai 2005, Combaillaux (Hérault) envoyée spéciale.
Combaillaux, petit bourg de 1 300 habitants dans l’arrière-pays montpelliérain, ne manque pas de charme. Pourtant, si médias, élus et curieux s’y précipitent ces derniers temps, ce n’est ni pour admirer son vieux village fondé au XVe siècle, ni pour profiter de son environnement préservé, entre garrigue, vignes et oliviers. Mais pour sa station d’épuration. Inaugurée vendredi, celle-ci expérimente un procédé baptisé «lombrifiltre» (1), qui repose essentiellement sur… le ver de terre.
Au départ, l’équation est simple : avec 50 habitants supplémentaires chaque année et 150 litres d’eaux usées par habitant produits chaque jour, Combaillaux devait rapidement trouver une solution collective pour ses effluents. La commune refusait néanmoins, voulant rester autonome, de se relier au tuyau de l’agglomération de Montpellier, comme d’opter pour une station classique, qui génère des boues encombrantes. Par le biais du conseil général de l’Hérault, le maire de la commune, Daniel Floutard, entre alors en contact avec une équipe de chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) de Montpellier dirigée par Marcel Bouché, grand spécialiste des lombriciens, depuis peu à la retraite. Ensemble, ils font le pari d’une formule écologique et inédite :«Il n’existe aucun système validé de lombrifiltre à travers le monde», affirme Daniel Floutard. Un pilote est installé à Combaillaux en 1999, puis une station grandeur réelle en novembre 2004.
Là, grouillent désormais entre 2 et 3 millions de lombriciens. Attention, pas n’importe lesquels : Eisenia andrei, ce bon vieux ver annelé rouge, de quelques centimètres de long, que l’on a tous croisé au fond d’un jardin ou lors d’une partie de pêche. Dans la grande famille des lombriciens, il fait partie des épigés : ceux qui vivent à la surface des sols, nichés dans les accumulations organiques tels un tronc d’arbre mort ou une bouse de vache la plupart des vers de terre, dont les fameux lombrics, font partie, eux, des endogés, qui vivent en permanence dans les sols.
Fini les odeurs. A Combaillaux, s’il déplace les foules, Eisenia andrei se fait plutôt discret. Photophobe (n’aimant pas la lumière), il ne sort pas de son substrat formé d’écorces de pin, de sciure de bois et de graviers, au fond d’un bassin de 12 mètres de diamètre. Régulièrement, il est arrosé des eaux usées, débarrassées par un tamis de leurs déchets solides de plus de 2 mm. Le procédé s’arrête là. Fini les bassins qui se succèdent : décanteur, puis lit bactérien, puis clarificateur. Fini les odeurs nauséabondes. Et fini les boues. A l’arrivée, Combaillaux ne récupère qu’un filet d’eau plus claire, que le soleil achève de purifier.
Car, dans son substrat, Eisenia andrei s’adonne à son activité favorite : il mange. On estime qu’un lombricien ingurgite l’équivalent de son poids chaque jour ! Ainsi, celui qu’Aristote surnommait «l’intestin de la terre» dégrade les matières organiques et les minéralise. Ce faisant, Eisenia andrei creuse des galeries et assure l’oxygénation nécessaire au travail des bactéries qui terminent le travail. Patricio Soto, ingénieur de recherche à l’Inra, estime qu’au bout du compte l’eau met un quart d’heure pour traverser le lombrifiltre. Et s’épurer.
Rentable. «Ça fonctionne très bien», reconnaît Romain Chauvière, ingénieur responsable de la police de l’eau dans l’Hérault. A deux réserves près : le système n’est pas encore à plein régime, et, en amont de la station, les eaux usées de Combaillaux ne sont guère polluées des rejets industriels chargés de métaux lourds, par exemple, tueraient les lombriciens. Les services de l’Etat (2) suspendent donc leur validation à une batterie de tests, et ont imposé la présence d’une station d’épuration classique, en parallèle du lombrifiltre, pour parer à tout incident. La commune, qui d’une certaine façon a payé sa station deux fois, avec le concours de l’Europe et du département, certifie néanmoins qu’un lombrifiltre est une solution rentable (400 000 euros clés en main).
En attendant, les vers sont mobilisés sur tous les fronts. Il leur est demandé de décomposer également les déchets de plus de 2 mm en compost, d’orner (virtuellement) les panneaux d’un parcours pédagogique ou de servir d’appât pour la pêche dans les bassins de lagunage. Après la lombristation, Combaillaux rêverait-elle d’un «lombriland» ?
(1) A ne pas confondre avec le «lombricompostage», très utilisé par les particuliers pour dégrader, à l’aide des vers, les déchets organiques en compost.
(2) Les directions départementales des affaires sanitaires et sociales (Ddass) et de l’agriculture et de la forêt (Ddaf).
En février 2006, l’Aïol n°101 relatait le prix au concours national dédié à la commune :
